• 6_Repartir

    J-3

    Hayden

     

    Il y a de ces pas en arrière qu'on ne peut pas refaire, gommer ou éliminer.

    J'crois que vous avez compris, j'ai merdé.

    Me pardonnera-t-elle ?

    Je ricane, nan, la question c'est, est-ce que je me le pardonnerai jamais ?

    Parce que maint'nant, j'ai la réponse à la question qui m'a poussé à faire un pas en arrière, hier. Oui, elle le voulait ce baiser. Mais j'l'ai pas embrassé, et ça, c'est clair : je ne suis pas assez bien pour elle.

    Et pourtant..

    Il y a de ces gens qui vous pardonnent n'importe quelle blessure...

    Voilà qu'elle est arrivée, ce matin, encore pleine de sommeil et qu'elle m'a secoué, doucement :

    "Hayden, faut repartir...

    -Gnnnn..

    -Hayden, rester c'est p'us bon, alors viens, on y va."

    Je lui ai demandé deux minutes, elle m'a donné sa mâtinée. La voilà qui dort à mes côtés. Sa présence me calme et pourtant je peux vous dire que calmer cette armée de chevaux en furie qui galopent sous mon crâne, j'ai toujours cru que c'était impossible.

    C'est comme ça que commencent toutes les histoires, non ?

    Des gens rendent l'impossible possible.

    L'irréel bascule dans le réel. On marche comme dans un rêve.

    Mais faut surtout pas qu'j'oublie qu'Aela, c'est pas un rêve, pas un nuage de matière insaisissable, juste un petit être humain fragile qu'a croisé mon ch'min.

    J'en veux au hasard, j'en veux  au Destin.

    Oui, c'est ça, vous avez très bien entendu !

    Maintenant que je l'ai rencontré, je vais plus pouvoir la quitter...

    C'est aussi simple que ça. Rien d'autre. Bonheur thérapie, c'est ça ; bah ouais mais personne vous a dit que c'était une drogue ? 

    Voilà, amour ou bonheur s'en va, et vous êtes bon pour la cure de désintox improvisée. Cherchez pas, on passe tous par là.

    Et dans trois jours, ce petit colibri me sera retiré ; comment pourrais-je supporter l'idée qu'elle quitte ce monde ?

    Vous me direz, nous partirons ensemble.

    Avec la Mort aux basques, j'vais devoir prendre le risque. Risque d'la perdre, que tout bascule, que tout s'bouscule, d'tomber au fond du trou avant la fin, ou alors de m'envoler et de m'immoler sous d'autres cieux...

    Je me suis arraché à ces pensées en lui murmurant :

    "Hey Aela, p'tite hirondelle...

    Elle s'est retournée et m'a donné un coup de poing.

    Elle a ouvert un oeil. Puis deux.

    Et elle a explosé de rire.

    -Pour tes deux minutes."

    Et dans ses yeux, j'ai lu : " pour hier".

    Illusion ou réalité ? On ne sait plus quand la réalité se confond avec nos désirs...

     

    Et on est partis, comme ça. Avec nos deux sacs, deux corps frêles, qui s'élancent, dans cet après-midi sous les rayons insolents du soleil.

    Sur un éclat de rire, on a enfourché nos vélos ; en trois coups d'jambes, on avait dévalé la colline et nous étions libres.

    Je l'ai regardé, devant, sa chemise qui vole et ses cheveux qui dansent, fouettent son dos, repartent à la chasse de ce courant d'air, mais reviennent. Je l'ai regardé et j'ai pensé que ça faisait longtemps que j'avais pas autant souri.

    Certaines personnes ont le don de vous faire revivre.

     

    Aela

    J'ai repris la route sans Kurt Cobain ni Benoit Poher mais j'avais dix mille fois mieux : Hayden.

    Pas la voix d'une légende ou des notes dans la tête, juste le son d'une voix et mon coeur qui bat ; une voix, réelle et là. La voix d'un vivant.

    Nous roulons, nous roulons...

    Le soleil nous caresse la peau, nous rions, le monde contemple notre bonheur d'être, les paysages défilent, mon âme contemple ce qui s'ouvre enfin à moi...

    Qui a jamais pu prétendre que la vie n'était pas belle ?

     

    Hayden

    Oublier ses soucis, vous croyez ça possible ?

    Pas une pensée pour la bouteille dans mon sac, juste maintenant, maintenant...

    Juste : faites qu'elle me regarde.

    Dans ma vie, j'ai rarement prié, mais je peux vous dire que depuis que je la connais, j'ai mis le paquet...

     

    Evidemment, tout se corse quand on s'arrête dans cette maison, au bord de la route vers seize heures...

     

    Maéli.

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