• D'avant en arrière

    (https://www.youtube.com/watch?v=l9stigDCiLg)

     

    Je pianote sur la table. L’horloge tique. Et elle taque.

    Un coup d’œil à ma montre, une main passée dans mes cheveux ; un soupir. Depuis qu’on s’est rencontrés, je compte les secondes. Mais c’est incroyable cette impression de passer plus de temps à t’attendre qu’à avancer.

    Je me retourne, espérant te voir arriver à travers la fenêtre du café. On dirait un beau tableau impressionniste ; un de ceux que l’on vend partout à Paris avec beaucoup de rouge, de jaune et de gris. L’automne.

    Je n’ai pas de temps pour cette beauté, accaparé par un mot. Ton absence.

    On la dirait suspendue, juste au-dessus de la table ; un petit lutin sur un croissant de lune qui louche, qui me fixe, qui fait des pitreries. Oh, ça vous fait rire ?

    On dirait comme un coup répété dans mon intérieur, un éclair ; et ma cage thoracique fait caisse de résonnance, drôle d’orchestre en silence, qui me mine, pareil le balancier d’une horloge. D’avant en arrière.

    Je serre les poings. Les desserre. Envisage de d’attacher mes cheveux, mais j’aime mieux ma crinière en liberté. Avec elle, je me sens plus forte. D’avant en arrière.

    C’est la balançoire, la montagne russe ; je vais faire un malaise. Trente secondes où je me demande ce que je fais et tout part en l’air. Je voudrais prendre la première autoroute et quitter cette situation dans laquelle je me suis fourrée.

    Je lorgne le journal qu’on m’a distribué dans le métro, histoire de faire croire que non, je n’attends pas ; je fais quelque chose, j’ai quelque chose à faire. Quel espoir me pousse à encore essayer de faire adhérer les autres à cette illusion à laquelle je ne crois même pas ?

    Mirage. D’avant en arrière.

    La douleur ne vous oublie pas, hein ? Elle a son rappel sur son iphone, et ça sonne et ça sonne, dans le vide.

    « T’es où ? » Un message.

    Nos deux mondes se sont heurtés ; deux planètes en collision. J’ai pas d’équilibre, funambule ; je suis tombée dans tes bras quand je t’ai vu sourire pour la première fois. Depuis quand nos rêves d’amour se transforment-ils en ces histoires informes ?

    Depuis quand ces contes pour enfants deviennent-ils des toiles d’araignées où on joue aux dominos avec ses peurs et l’incompréhension mutuelle ?

    « J’arrive. Désolé j’ai pas pu faire autrement, ils étaient en retard à l’hôpital. »

    Un temps sur le sol au rythme d’une mélodie qui m’échappe. Une frustration qu’on expulse, aussi.

    Tu m’as manqué.

    Tu fais quoi, là, au juste ? Ça t’amuse d’arriver en retard et de me faire attendre trente minutes alors que t’as fixé l’heure du rendez-vous ? Mais qu’est-ce que tu veux ?

    Je comprends pas le langage que tu parles !

    C’est la dynamite, le champ de mine dans mon cœur et les petits soldats égarés s’envolent ; en éclats. Poussières.

    Avoir vingt ans et découvrir qu’on a pas tous les même façon de dire je t’aime ; s’aimer, quel balancier. D’avant en arrière. Mais j’y peux rien, mon cœur est accroché, comme mes rêves dansent sur la Lune.

    Je suis injuste dans ma colère, mais c’est comme si tu prenais ces blessures dont j’avais cru guérir et que t’y mettais de l’acide ; alors je bondis et je te saute à la gorge. Parce que j’ai mal interprété tes gestes et qu’il y a ces lentilles, devant mes yeux, qui me brouillent la vue…

    et parce qu’il y a, quelque part dans un placard

    quelque part entre les lignes de ta main

    Mon cœur. Qui attend presque sagement.

    Je mets mon téléphone en veille. J’essaie de me calmer. De comprendre. Car je sais que ce n’est pas de ta faute. D’avant en arrière. Mais il y a cette colère qui se cristallise, tu sais, au niveau de mon plexus solaire et j’en pleurerai ; je suis si dure avec toi…

    Et comme des chevaux en colère, elle se cabre, elle hennit, et moi, frêle cavalier, je perds pieds, je perds les rênes ; mords la poussière.

    Alors Mickaël Miro chante que l’horloge tourne et je suis amère, où sont mes contes de princesses ?

    Tu n’es pas là, que je suis déjà prête à sauter au plafond, tenue par les dents ; j’ai lâché la bride à la rage qui sommeille en moi. J’ai projeté toutes mes peurs et toutes ces étincelles de peinture sur toi ; je t’ai défiguré sous les assauts de mes blessures.

    D’avant en arrière. Parfois, j’ai l’impression d’avancer et je recule ; mon éternelle valse au sein du même carreau. Et je suis encore là, à attendre.

    Tu n’es pas arrivé, que je rembobine le film de mes pensées ; j’ai été injuste avec toi.

    Je serre les dents, un peu désarçonnée ; sur la crête entre ma colère d’un côté et de l’autre mon chagrin d’avoir été si dure. Mais dis-toi que si je me mets dans ces états, c’est que je tiens à toi. Je joue au tape fesses et je vais bien finir par tomber dans un des deux océans.

     

    On verra pour la suite.

     

    Maéli

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