• J’ai la lèvre qui tremble un peu. Je piétine légèrement, regardant à droite et à gauche. Il fait frais. Je referme mon gilet.

    La machine à vapeur tourne tourne et je n’échappe pas à ces pensées qui font naître de la colère en moi. Plutôt m’enterrer que d’admettre que j’aurais pu tomber amoureuse de toi.

    Oh, non le problème c’est pas toi. T’as déjà vu une carte de l’Europe ? Je soulève les sourcils, avec énervement.

    Je touche du doigt l’Atlantique et tu causes avec la Russie.

    Une femme passe avec sa poussette et tous ces enfants qui crient dans tous les sens. C’est ça le bonheur, des gosses qui braillent dans tous les sens ?

    Aujourd’hui, les nuages sont descendus sur la ville. Non, je ne vis pas dans un duvet de coton, mais dans un brouillard opaque ; un labyrinthe.

    Tu veux que je te dise quoi ?

    Que je vais appuyer sur le bouton de la télécommande et qu’on aura un avenir normal, que je vais figer mon existence dans l’espoir qu’un jour peut être …?

    C’est la tempête car nous sommes aujourd’hui. Nous sommes maintenant et je voudrais vivre et m’enflammer ; mais une partie de moi est ailleurs sur le continent.

    Le bus tarde. Il a deux minutes de retard. La dame à côté de moi raconte une histoire à son fils, et soudain, le fait de vivre une vie ou un plus un font trois me semble si lointain.

    J’ouvre mon sac à main à la recherche de quelque chose pour me distraire et je tombe sur ce vieux paquet de clopes que Chloé m’a laissé l’autre soir. On avait promis d’arrêter.

    On avait promis de cesser d’aimer les hommes. A contre rêve, à contre cœur ; on avait acheté cette histoire à deux balles chez le marchand où l’espoir et l’amour se confonde.

    Un ricanement. On y aurait presque cru à ce conte de fées.

    J’avais la tête ailleurs. Mais le cœur d’un homme qui aime a transpercé le mien. Je me suis fait avoir. Remboursez-moi le billet d’avion. Y a trop de frais de ménage après un tel voyage.

    Les voitures défilent, c’est la fanfare en plein Paris. Incroyable que je ne sois pas encore sourde. Il faudrait quand même que le bus pense à arriver. Il faudrait quand même que l’on pense à s’extraire de ses pensées.

    Et tu voudrais que je me jette dans la mer, sans regarder ; sans assurance ?

    J’ai déjà donné. Merci pour moi.

    Y a une étiquette cœur brisé sur mon front, non ?

    C’est la débandade, je me pensais pas abîmée. Je voulais voir mon cœur ouvert, blotti dans la douceur de ses pétales ; je voulais poser ce diamant dans les lignes de sable du désert, en plein inconnu.

    Et tu me proposes une histoire impossible ; un Roméo et Juliette comme j’en rêvais et je refuse net.

    Et ton amour fait vibrer mon cœur si fort que tout est tombé par terre ; verre fragile, verre en bord de table. Et je n’ai rien vu venir. J’avais le cœur ailleurs. Il y a des éclats de soleil partout dans la pièce.

    Tu crois que je pourrai être tombée amoureuse ?

    Je le savais pas, mais j’étais blindée pourtant. J’ouvre et je referme plusieurs fois ce paquet de clopes et je finis par revenir sur mes promesses ; quelle hypocrisie. Quels mots naïfs ; jamais et toujours. Je les fusille du regard. On avait un deal, mais vous aussi, vous vous êtes pris les rochers avec moi.

    Alors quelle importance ? Alors pourquoi céder à l’amour fou ?

    On vit dans des mondes parallèles.

    J’ai vu dans tes yeux quelqu’un qui a fait trembler les parois de mon chez-moi.

     Le feu est rouge, mais le bus est au coin de la rue. De nouveau, il me faut m’extirper de ses pensées. Se sevrer d’elles. Un futur commun ? On va faire comme avec les clopes : espacer.

    Ça fait mal ? ça tiraille ? Il parait que c’est normal et que le temps passe.

    Je bascule mon poids sur le pied gauche puis le pied droit, m’accroche désespérément à cette clope ; à croire qu’elle peut me sauver de ce qui est entrain de m’arriver. Quel putain de naufrage.

    Et puis j’expulse l’air de mes poumons, bouclant les valises de la douleur ; comme on voudrait chasser un fantôme. Pour autant, t’es si près dans mon cœur que t’en ai presque là. Je deviens folle.

    J’ai refusé d’ouvrir les yeux jusqu’au bout.

    Je ne t’ai pas laissé la chance d’un baiser ; le cœur sur une autre péniche. Une fois rentrée, c’est le manque de tes bras qui m’a sonnée.

    Et maintenant, je fais ?

     

    Le cœur entre deux ports et une envie, vivre, je monte dans le bus. Il était temps parce que je n’ai toujours pas de réponses à la question.

     

    Maéli

    qui perd un peu la boule 


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  •  

    On ne sait pas où on va, n’est-ce pas ? Je te regarde par en dessous, faisant tourner et retourner mon verre entre les doigts, sur la nappe.

    Ma vie aussi est une toupie. Parfois c’est le yoyo, les montagnes russes ou tu sais ces graines d’arbre qui tombent comme des hélicoptères ? Toujours est-il que c’est toujours un jeu.

    Enfin, quand on sort du champ de mines qu’ont posé nos sentiments.

    Je me sens un peu flotter, parmi tous ces gens. Le restaurant n’est pas grand, mais il y a ces présences autour de nous, qui créent une sorte de brouhaha ; et pourtant, il y a comme un mur entre nous.

    Ton regard m’aurait-il prise pour m’envelopper dans cette bulle ?

    Le restaurant est différent, cette fois. Epicé.

    Mais on en est encore là.

    Je t’écoute me parler et je voudrais me mordiller la lèvre, j’aime tellement ton accent. Tes s et v qui deviennent b ; et puis cette musique dans ta voix, aussi.

    Alors je me lance un peu et c’est étrange, ce regard que tu poses sur moi. Je ne me rendais pas compte que tu m‘écoutais autant.

    On navigue à vue, n’est-ce pas ?

    Je n’ai pas de papillons dans mon filet.

    Il y a cette étincelle dans tes yeux et cette hésitation aussi ; j’ai l’impression de jouer à la marelle sur les rochers, dans la rivière de mon enfance. J’ai l’impression qu’à chaque instant je peux glisser ;ou attraper un nuage.

    Les espoirs s’écrasent sur la falaise.

    Je n’ai pas su dire à mon capitaine quelle direction prendre ; bâbord et tribord ? Mais qui ne dit pas droite et gauche ? On ne parle pas le même langage, je crois.

    Tu n’as pas le temps, et pour autant tes yeux ne sont pas accrochés à ta montre ; je ne sais que faire, j’ai presque trop d’espace dans cette parenthèse.

    Je me sentirais flotter.

    Le temps n’a pas d’importance ; n’est-ce pas ?

    Mais où va-t-on ? Je n’ai jamais su nager trop longtemps.

    Il me faut un port.

    La colère et la tristesse ont pris la porte, et n’ont laissé derrière elles que deux sauterelles qui ne savent sur quel pied danser. Mes espoirs jouent à la marelle ; ils sont tombés à l’eau.

    On me dit que si je relance les dés, peut être que la prochaine fois je pourrais gagner.

    Les gouttelettes ruissèlent et le soleil danse dans leur cœur ; et d’un coup il n’est plus temps, il faudrait courir pour que je parte. Et d’un coup, tu me dirais presque va-t-en comme pour retenir quelque folie ou quelque angoisse.

     

     

    Je serais bien restée plus longtemps.

     

    Maéli


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  • Je ne demandai qu’à t’aimer.

    Comme une goutte d’eau qui s’échoue dans un vase ; les roses pleurent-elles ? C’est la nuit qui y a déposé ses gouttes d’argent ; rien d’autre.

    On se regarde en chiens de faïence tous les trois. Mon cœur, mes pensées et moi. Qu’est-ce qu’on a l’air malins.

    T’as rien de mieux à faire ? La douleur passe en queue de poisson.

    Ma pile de bouquins me fixe avec obstination. La souffrance n’a pas pris de tickets à l’entrée, elle n’était pas sur ma liste de choses à faire.

    Mais qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Comme un ricanement impuissant, un laissez-passer pour cet ouragan qui me dévore, lentement mais sûrement.

    Mon cœur a toujours été plus fort que la raison.

    Bras de fer avec mes pensées, un regard pour le ciel ; l’espérance qu’il en tombera quelque chose de beau pour l’avenir. Je rêve de couronnes de fleurs et d’amour et dans mon cœur toute cette tourbe. Chagrin.

    Entends-tu cette douleur ?

    T’en fais trop. Sanglot.

    Mon lit est défait. Mes pinceaux roulent sur mon bureau, hésitent sur le rebord et heurte le sol en un petit bruit –y avais-je oublié une partie de moi, accrochée quelque part ? Je me sens comme cet oiseau en porcelaine.

    Comment en est-on arrivés là ?

    L’horloge fait ses allers-retours, quelque part au-dessus de ma tête.

    J’ai vu quelqu’un dans tes deux yeux.

    A croire qu’une porte s’était ouverte ; un monde des possibles, un nouvel horizon. Depuis combien de temps n’avais-je pas eu envie d’être avec quelqu’un ?

    Comme un coup de fouet qui vous ramène à votre propre vulnérabilité.

    Je n’ai pas vu les feuilles jaunir dehors. L’automne est arrivé avec sa berceuse dans les bras et il nous emporte dans sa valse.

    Pour combien de temps les étoiles filantes apparaissent-elles dans le ciel ? Les pépites sont-elles vouées à disparaître ?

    Une vibration sur le plancher, qui tonne que quelqu’un vous appelle. Un haussement d’épaules. Quelle importance quand ce n’est pas la personne que vous attendez ?

    Un drap paraît être tombé sur mon ciel.

    Je n’ai plus froid, loin de toi ; mais il y a cette enclume, dans ma caverne à peine éclairée, au fond de moi. Elle joue au pendu, je crois. Une lettre après l’autre, on met des mots sur les émotions. L’ineffable.

    Parfum de lendemain.

    Peut-être attend-on le déluge.

    Au moins a-t-on l’assurance qu’il viendra tout emporter.

    J’ai ton sourire imprimé sur la peau. L’accès à ton port est momentanément fermé, c’est la tempête.

    La bouilloire de la voisine siffle. Une pensée pour le temps qui s’est écoulé ; sans égard pour mon désarroi. Manque de courage, il faudrait se lever ; mais se déplacer c’est comme porter dans ses mains un papillon éteint. J’ai retrouvé mon avion en papier déchiré, mon ciel intérieur est déchiré en deux, comme ce poster de Bowie dans la chambre de Janie ; mon horizon  a explosé.

    Les roses pleurent-elles ? Puisque l’étoile filante est passée et qu’elle ne l’a pas cueillie.  Puisque le météore, danse dans le ciel, sibylle ; nous laissera-t-elle, mon chagrin et moi ?

    Un parapluie qui s’envole un jour de grand soleil, je ne sais pas où tu vas où je vais où nous allons ; je cherche la lumière.

     

    Je ne t’ai demandé que de t’aimer. Dans un silence, il est vrai.

     

    Maéli


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  • Mon cœur est sur le parquet.

    Assise par terre, à côté de lui, je regarde par la fenêtre. La pluie joue du tambour. Elle passe. On m’a dit que le beau temps viendrait ; je l’attends encore.

    Pas d’humeur ni le courage d’être acide. L’espoir est sous la moquette. Un nœud de marin dans la cage thoracique qui s’amuse à faire le secouriste ; mais la foudre a traversé mon corps, dans une pépite d’instant, tout a volé en éclats.

    Je pensais mes fantômes derrière moi, cachés dans ces nuits d’enfance où je ne trouvais pas le sommeil. Je croyais les blessures bien refermées. Mais mes croyances sont au placard ; je les ai déposées sur le bord de la route il y a quelques jours déjà.

    Le monde est à l’envers. L’horloge ne tourne pas droit.

    Dehors, une voiture hulule en passant et j’espère qu’elle arrivera à destination à temps.

    Le temps. Un rictus moqueur.

    J’ai manqué mon arrêt, je crois ; et je sens mon cœur comme au fond d’un trou. Combien de jours faudra-t-il pour le remonter ?

    Tu lui avais montré le ciel.

    Mais les colombes ont pris leur envol et je n’ai pas déployé mes ailes au bon moment. On s’est tournés autour, et comme deux cons, on aurait trop attendu ?

    Mon regard se perd sur les briques, avec quelque chose de recroquevillé, à l’intérieur, quelque chose que j’évite depuis tout à l’heure. Les immeubles montent jusqu’haut dans le ciel qui n’est plus bleu mais blanc.

    L’amour est KO sur mon plancher.

    Je frémis.

    La colère, la rage, l’énervement, toute la famille a fait ses valises. Il ne reste plus qu’une personne sur le sol de l’appartement. Une personne divisée en deux ; son cœur à ses pieds. Le futur et le passé s’entrechoquent dans un bruit de verre cassé, je ne sais plus ce que sera demain.

    Le temps. Un instant et tout vole en éclats ? Ma manie du beau et de la phrase. L’indécision qui serpente dans nos cœurs et viens fissurer ce qui nous lie ; et puis le temps, encore. La lâcheté, peut-être. Et puis l’indécision.

    L’ignorance des désirs de l’autre, surtout.

    Une contraction dans mon intérieur, on pourrait presque entendre un rire ; qui appelle les larmes, peut-être.

    Que fait-on maintenant ?

    Faudrait-il se lever, nettoyer le sang qui coule et qui tâche ces vêtements ; entendre les perles de mon collier tinter alors qu’elles heurtent le sol ? Faudrait-il couper les liens sans un regard ?

    Mais j’ai vu dans tes yeux…

    Comme un ultime sursaut de mon lambeau rouge, et je voudrais lui demander pardon d’être si indécise si lâche et d’aimer si fort. Et je voudrais lui demander ce qui lui a pris de se perdre dans les doigts de la main d’un inconnu. Et je voudrais lui demander où va-t-on maintenant ?

    Je me sens fondre en sanglot. Je le serre fort contre moi, oh mon doux cœur, si petit et si grand, oh ce n’est rien, encore une fois mais rien n’est perdu ; rien n’est jamais terminé. Tout contre ma poitrine il tremble il est si fragile ; que l’on s’égare tous les deux…

    Faiblement, je l’entends qui palpite et je me courbe, comme pour lui servir de refuge ; navire au milieu de l’océan. Qui sait ce qui nous attend ?

    Je le berce de nos comptines d’enfance ; de celles qui parlent d’amour et d’espoir. Et tant pis si pour l’instant l’espoir a pris la poudre d’escampette et l’amour est une douleur : nous voudrions croire que les rêves, même les plus fous se réalisent. Nous voudrions croire que rien n’est terminé et que nous apprendrons la leçon.

    Même si tout n’apparaît qu’un cycle qui se répète, mes épaules s’affaissent –je pensais avoir brisé le cercle-, mon cœur bat toujours.

    Dans un murmure, je lui rappelle qu’il y a une lionne qui dort en moi et qui a attendu trop longtemps que l’on vienne la chercher. Qu’il me suffira d’une étincelle pour la réveiller et que nous rugirons la vie ; que notre gigantesque feu d’artifice, notre flambée de météores en pleine nuit, notre soleil, notre overdose de vie sera une réalité.

    Une étreinte sur le plancher, pour se rappeler que rien n’est terminé, que la pluie ne fait que passer ; qu’aujourd’hui n’a de sens que celui qu’on lui donne, car pas un mot n’a donné le dernier coup de marteau.

    Il faut vivre.

    Je frémis à la sensation de ce cœur encore humide de sang et d’encre, qui palpite contre ma peau ; centre de tout mon être. On a traversé bien pire. Le meilleur reste à venir. Un oiseau se heurte aux carreaux ; rien n’est figé. Le vent souffle doucement sur les passants, on ne laissera pas notre bonheur dépendre d’un être.

    Quand bien même mon cœur est imprimé dans la paume de ses mains…

     

    Je me suis recroquevillé sur l’oisillon tremblant dans mes bras, fermant les yeux car l’orage allait passer dans mon intérieur, et il allait falloir le ressentir pour qu’il ne nous emprisonne pas.

     

    Maéli


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  • D’où elle vient cette rage qui palpite en moi ? Pareille à un cœur qui bat.

    Je vais tout envoyer balader. Sur un coup de tête, mettre la pièce à l’envers, renverser les meubles et déchirer les feuilles ; et quand les larmes auront pris le relai de la colère, je monterai encore le son de cette musique insensée et je me mettrai à danser.

    Comment j’ai fait pour me foutre dans une situation pareille ?!

    Encore ; que ça résonne dans mes oreilles, comme si le chagrin qui m’emplit et tout le reste ne suffisait pas. Mettre des mots, jetez tout ça loin de moi ; pour ne pas ignorer tout ça, pour le laisser vivre en moi.

    Histoire de se faire déchirer en deux par cet océan qui nous traverse.

    Et qui me submerge.

    Je devrais faire comme si j’avais pas ressenti ton désir d’être avec moi ; comme s’il m’avait pas mise à l’envers et puis par terre ? Je devrais faire comme si ta main sur mon épaule pour me rapprocher, tout contre toi était aussi innocente que cet instant où tu m’as pris dans tes bras ?

    Un frisson.

    Je marche et mon sac se balade le long de mon corps. J’envisage de le jeter dans un buisson. Mais ce serait perdre du temps, si tout se renverse et puis s’il faut que j’aille tout récupérer ; cette idée m’énerve encore plus.

    Je me rends décidément folle.

    L’automne était magnifique ; dans ses habits rouges, jaunes et ces étincelles de verts. Le temps d’un instant, j’ai senti mon cœur s’apaiser. Le temps a paru surfer sur les feuilles, qui doucement s’égaraient sur le sol.

    J’aurais aimé que cet instant reste poésie, mais on était tous les deux sur un banc et j’ai bien senti que si je ne m’étais pas assise tout au bout sur le rebord, j’aurais finie blottie contre toi.

    Il aurait suffi d’un rien, que je me laisse aller ; il aurait suffi d’un rien…

    Comment c’est possible, dis-moi ? Je ne te connais pas.

    Je suis perdue ; en plein milieu d’un lac, c’est le naufrage et quand la marée viendra me chercher, pourrais-je te regarder dans les yeux ?

    Pendant qu’on en est là à frapper le sol de nos pieds et que le désarroi s’apprête à poser son drap sur mes épaules, dis-moi pourquoi. Pourquoi moi, pourquoi pourquoi ; pourquoi tu ressens quelque chose et pas moi ?

    Pourquoi tout va si vite ?

    Et cet instant, où tu as posé ta main sur mon épaule, pour me ramener un peu vers toi ; cet instant qui te rappelle à quel point tu es vulnérable, à quel point ton âme cherche un refuge un bateau un pilier.

    Un frisson.

    La colère a pris la fuite, mais j’ai un cœur qui palpite et un phare qui m’indique des directions différentes. Tout est à l’envers.

     

    Je suis une éponge, imprégnée de ce que tu as ressenti et j’arrive pas à m’en démêler. Je suis un navire à la dérive sur des eaux troubles.

     

    Maéli


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  • (https://www.youtube.com/watch?v=l9stigDCiLg)

     

    Je pianote sur la table. L’horloge tique. Et elle taque.

    Un coup d’œil à ma montre, une main passée dans mes cheveux ; un soupir. Depuis qu’on s’est rencontrés, je compte les secondes. Mais c’est incroyable cette impression de passer plus de temps à t’attendre qu’à avancer.

    Je me retourne, espérant te voir arriver à travers la fenêtre du café. On dirait un beau tableau impressionniste ; un de ceux que l’on vend partout à Paris avec beaucoup de rouge, de jaune et de gris. L’automne.

    Je n’ai pas de temps pour cette beauté, accaparé par un mot. Ton absence.

    On la dirait suspendue, juste au-dessus de la table ; un petit lutin sur un croissant de lune qui louche, qui me fixe, qui fait des pitreries. Oh, ça vous fait rire ?

    On dirait comme un coup répété dans mon intérieur, un éclair ; et ma cage thoracique fait caisse de résonnance, drôle d’orchestre en silence, qui me mine, pareil le balancier d’une horloge. D’avant en arrière.

    Je serre les poings. Les desserre. Envisage de d’attacher mes cheveux, mais j’aime mieux ma crinière en liberté. Avec elle, je me sens plus forte. D’avant en arrière.

    C’est la balançoire, la montagne russe ; je vais faire un malaise. Trente secondes où je me demande ce que je fais et tout part en l’air. Je voudrais prendre la première autoroute et quitter cette situation dans laquelle je me suis fourrée.

    Je lorgne le journal qu’on m’a distribué dans le métro, histoire de faire croire que non, je n’attends pas ; je fais quelque chose, j’ai quelque chose à faire. Quel espoir me pousse à encore essayer de faire adhérer les autres à cette illusion à laquelle je ne crois même pas ?

    Mirage. D’avant en arrière.

    La douleur ne vous oublie pas, hein ? Elle a son rappel sur son iphone, et ça sonne et ça sonne, dans le vide.

    « T’es où ? » Un message.

    Nos deux mondes se sont heurtés ; deux planètes en collision. J’ai pas d’équilibre, funambule ; je suis tombée dans tes bras quand je t’ai vu sourire pour la première fois. Depuis quand nos rêves d’amour se transforment-ils en ces histoires informes ?

    Depuis quand ces contes pour enfants deviennent-ils des toiles d’araignées où on joue aux dominos avec ses peurs et l’incompréhension mutuelle ?

    « J’arrive. Désolé j’ai pas pu faire autrement, ils étaient en retard à l’hôpital. »

    Un temps sur le sol au rythme d’une mélodie qui m’échappe. Une frustration qu’on expulse, aussi.

    Tu m’as manqué.

    Tu fais quoi, là, au juste ? Ça t’amuse d’arriver en retard et de me faire attendre trente minutes alors que t’as fixé l’heure du rendez-vous ? Mais qu’est-ce que tu veux ?

    Je comprends pas le langage que tu parles !

    C’est la dynamite, le champ de mine dans mon cœur et les petits soldats égarés s’envolent ; en éclats. Poussières.

    Avoir vingt ans et découvrir qu’on a pas tous les même façon de dire je t’aime ; s’aimer, quel balancier. D’avant en arrière. Mais j’y peux rien, mon cœur est accroché, comme mes rêves dansent sur la Lune.

    Je suis injuste dans ma colère, mais c’est comme si tu prenais ces blessures dont j’avais cru guérir et que t’y mettais de l’acide ; alors je bondis et je te saute à la gorge. Parce que j’ai mal interprété tes gestes et qu’il y a ces lentilles, devant mes yeux, qui me brouillent la vue…

    et parce qu’il y a, quelque part dans un placard

    quelque part entre les lignes de ta main

    Mon cœur. Qui attend presque sagement.

    Je mets mon téléphone en veille. J’essaie de me calmer. De comprendre. Car je sais que ce n’est pas de ta faute. D’avant en arrière. Mais il y a cette colère qui se cristallise, tu sais, au niveau de mon plexus solaire et j’en pleurerai ; je suis si dure avec toi…

    Et comme des chevaux en colère, elle se cabre, elle hennit, et moi, frêle cavalier, je perds pieds, je perds les rênes ; mords la poussière.

    Alors Mickaël Miro chante que l’horloge tourne et je suis amère, où sont mes contes de princesses ?

    Tu n’es pas là, que je suis déjà prête à sauter au plafond, tenue par les dents ; j’ai lâché la bride à la rage qui sommeille en moi. J’ai projeté toutes mes peurs et toutes ces étincelles de peinture sur toi ; je t’ai défiguré sous les assauts de mes blessures.

    D’avant en arrière. Parfois, j’ai l’impression d’avancer et je recule ; mon éternelle valse au sein du même carreau. Et je suis encore là, à attendre.

    Tu n’es pas arrivé, que je rembobine le film de mes pensées ; j’ai été injuste avec toi.

    Je serre les dents, un peu désarçonnée ; sur la crête entre ma colère d’un côté et de l’autre mon chagrin d’avoir été si dure. Mais dis-toi que si je me mets dans ces états, c’est que je tiens à toi. Je joue au tape fesses et je vais bien finir par tomber dans un des deux océans.

     

    On verra pour la suite.

     

    Maéli


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