• Petite soeur

    Les yeux vides, j’ai fixé mon fond d’écran. On avait l’air si heureuses et si jeunes. Où est donc passé cette étoile dans nos yeux ? Où s’est donc envolée notre complicité ?

    Il fut un temps où l’on pouvait t’approcher, où tu ne fuyais pas le contact ; où l’on pouvait rire à l’unisson, si bien qu’on nous à surnommées les IPHONE, tu te souviens ?

    Il fut un temps où tu ne faisais rien sans moi et moi rien sans toi, un temps où tu partageais ma chambre et mes secrets ; et je sais bien que je ne suis pas parfaite, que j’ai volé menti été en colère et qu’en grandissant je t’ai fermé la porte.

    Et je sais bien que l’on n’efface pas le passé. Que je ne pourrais pas franchir tes limites à ta place.

    Mais j’ai fixé ce fond d’écran avec les pensées qui filaient dans l’autoroute de mon cerveau. Mes émotions aussi, se sont crues au cirque. Représentation générale dans mon intérieur.

    J’ai eu une envie folle, comme je n’en avais pas eu auparavant de t’appeler et de tout te raconter, petite sœur.

    Perdue au milieu des couvertures, je viens tout juste de refermer ce bouquin. As-tu déjà eu l’impression de voir qui tu es se refléter à l’intérieur de petites lettres qui forment des petits êtres ?

    On rêve de grandeur mais on est même pas capable de se dire en face ce qu’on veut vraiment. Et si un jour ça s’échappe du volcan, oh, chérie, que la peur nous prend aux tripes ; et qui mériterait donc tout cet or ?

    La musique à fond dans les oreilles, je déraille. Il me faut les bonnes notes pour laisser rugir ce tigre en moi que j’ai affamé pendant des jours.

    Tu sais quoi, ce tigre, c’est moi-même.

    Je souris à ces mots mais cet animal voudrait sortir les griffes et les crocs, déchirer cette cage thoracique et cette angoisse qui lui sert de prison. Je voudrais saluer la peur, qui fait si bien son boulot ; me tenir la bride.

    Et cette fois, c’est U2 qui résonne. J’aurais aimé te parler de tout ça, et c’est maintenant que je découvre ce que je veux te dire ; c’est maintenant que ça me traverse que je voudrais t’ouvrir mon cœur, petite sœur.

    U2 ce sont ces deux amours qui se sont croisés, celui de mon ex et celui qui m’a envolé au-delà de l’horizon. Avec ou sans toi. Tu ne peux pas le savoir, toi ; de tous ces fantômes que j’ai cachés sous les draps, aucun n’a recouvré sa réalité.

    Je l’ai quitté ; un autre m’a donné la Lune. Je lui ai donné mon cœur ; et sur une plage déserte, au milieu de nulle part, alors que j’avais parcouru plus de deux cent kilomètres pour quelques fugaces instants, il l’a posé sur la plage. Dans une bouteille qui n’a plus jamais retrouvé le rivage.

    Dis-moi, parfois ils te parlent d’amour ?

    Je sais que toi aussi, parfois tu restes éveillée, tard le soir. Il m’arrive de sortir de ma chambre, sur le rebord de la fenêtre pour parler aux étoiles ; cela calme mon cœur, la nuit est si douce, le vent comme une caresse et il existe bien quelques anges ici-bas pour veiller sur ces désirs égarés et sur ce cœur aux tendances suicidaires.

    Que fais-tu quand tu ne trouves pas le sommeil ?

    Quand même Morphée te refuse l’entrée de son royaume, et que la seule présence qu’il te reste est celle des souvenirs ?

    Je fronce les sourcils. Remet mes lunettes. Mes doigts n’arrivent pas à s’arrêter. Mon tigre grogne. Il n’a pas eu à manger ce soir non plus. Je m’étire la colonne vertébrale. Change la musique et m’arrête sur nos deux visages rayonnants.

    J’ai beaucoup regardé derrière mais j’aimerais poser mes yeux sur l’horizon.

    J’aurais aimé te dire à quel point je suis effrayée ; par qui je suis par ce qui m’arrive. J’ai pris l’habitude de fixer mon regard sur les étoiles et tomber dans les premiers trous.

    Je ricane. La peur se la joue rationnelle. Ça ne tient pas debout.

    J’aurais aimé te dire que je suis effrayée, je suis tombée amoureuse, presque sans le vouloir ; je suis tombée amoureuse. J’ai l’impression qu’il faudrait me l’écrire encore et encore pour y croire et puis aussi, pour chasser les larmes.

    Tu sais comment je suis dans ces cas-là, je décolle et j’ai plus les pieds sur terre. On sait comment ça a tourné : quelque chose, dans cet instant où l’amour m’embrasse les fait tourner le dos et disparaître.

    Les hommes ne sont que fumée.

    Je me sens éveillée à nouveau, j’aimerais laisser aller mon cœur à ces rêves d’envol, car il saura battre des ailes ; il s’est tant de fois crashé qu’il sera un pro un jour. On sait que tout ça n’est pas encore devenu réalité.

    Et je suis là à répondre à ces messages, à donner des conseils et à faire des plans sur la comète ; et je suis là, comme quand j’avais encore douze ans à rêver d’un baiser.

    Je pense à lui, je pense à nous. Je pense trop, n’est-ce pas ?

    Je pense à nos petites infidélités qu’on se fait à nous-mêmes ; à ces choses qu’on repousse à plus tard, ces choses qu’on ne fait jamais, ou celles qu’on ne fait pas car les choses sont ainsi.

    Qu’est-ce que le courage après tout ?

    Je soupire, le cœur un peu lourd. Il y a une moi qui, deux ans plus tôt n’aurait pas regardé où elle mettait les pieds et qui aurait sauté, pieds et poings liés s’il le faut, dans l’amour. Parce que c’est ce qui rend vivant, n’est-ce pas ?

    Depuis quand j’ai laissé ce tigre enchainé en moi ?

     

    J’ai pensé à toi petite sœur, parce que quelque chose me dit que tu as un don pour réparer ce qui est brisé ; et puis mon cœur n’a pas oublié qu’au fond, tu as le dernier mot.  Je savais que tu pourrais m’aider.

     

    Maéli

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  • Commentaires

    1
    Samedi 28 Octobre à 17:36

    Pas d'autre mot que magnifique. Un voyage au pays des émotions, des questionnements... Vraiment très beau

      • Dimanche 29 Octobre à 15:28

        Merci beaucoup... Beaucoup.

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