• Survivants

    "Lay my body down", Rag n bone man

     

    Et la violence.

    Il me tient fermement par les épaules, et jette mon corps tout entier contre les casiers. Tout mon corps vibre. Mes cellules résonnent de cette colère en moi.

    Et la rage sur son visage.

    Il m'attire vers lui,je me prends son haleine chaude en pleine face,le monde tangue un peu ; un murmure haineux qui s'infiltre le long de mon coup. Frisson.

    Il m'encastre de nouveau dans le métal. 

    "C*nnard !"

    Le monde tremble. Je l'encaisse, la tête rentrée dans les épaules. Je suis encore sonné de notre collision. 

    Je n'ai pas le temps de réagir.

    Tout est flou,rien ne s'emboîte parfaitement ; et pourtant.

    A peine ai-je repris mes esprits,qu'il m'agrippe encore plus fort,comme s'il lui fallait sentir la douleur qu'il m'infligeait. Ou qu'il avait besoin de se sentir bien là, réel.

    -C*nnard c*nnard c*nnard ! Mais merde enc*lé !

    Au rythme de ces insultes, il me secoue comme un prunier et je heurte les casiers, comme une litanie ; il pleut sur mon crâne ce désespoir.

    Je m'en fous des autres qui s'arrêtent pour nous regarder, de l'autre con qui filme, de mon corps qui hurle ; je suis occupé à autre chose.

    Je photographie la douleur.

    Je la glisse entre les pages d'un bouquin ; je mémorise où quand comment.Les sensations, les craquements ; les déchirements de mon cœur. Et cette douleur, cette violence, oooh comme une page blanche qui prend feu d'elle même ; 

    comme ce vide en moi qui hurle

    et je le laisse me transpercer

    De    p   a     r       t    s       e n              p  a   r     t      s, découper le puzzle de ma raison, je pars en pièces ; je suis à terre. Poussières de verre. La voilà, la souffrance,qui sort de son trou et qui me lacère de l'intérieur. Elle en a fini de sa lâcheté, la voilà parée de toute son évidence et sa dureté.

    Enfin, elle cogne et vient toucher mon monde extérieur.

    Après tout, je l'ai mé  r  i  t    é.

    ça fait des années qu'on fait les comptes, qu'elle se terre à l'intérieur. Mon autopsie : une ruine, le garçon. 

    Mais je plante mes pieds dans le sol, j'ai toujours attendu de pouvoir répliquer. L'injustice me lance. Douleur. A mon tour de la boxer de la mettre à terre et de ricaner.

    C'est pas parce que j'ai jamais dit un mot, que j'ai serré les dents que j'ai pas les tripes qui bouillonnent. Et ceux qui rient et nous entourent. Vous voulez un ring ? Si la vie croit qu'elle peut frapper, comme ça, dans les rangs ; en prendre un sans décimer le régiment, alors elle a rien compris.

    J'ai sorti les crocs.

    Ses mots déferlent encore sur moi ; on dirait un marteau qui veut enfoncer une carotte. Je suis déjà aux Enfers,mec.

    Et ce que tu dis-là, c'est ma bande son quotidienne. Quand je me brosse les dents, quand je dors,quand je mange ; quand je cours, quand je suis censé réfléchir ou m'aérer, quand elle rit et quand tu pleures.

    D'un mouvement brusque,je me suis débarrassé de son emprise. Je l'ai poussé à terre. Il a heurté le bitume en un bruit mat. C'est étrange comme nous oscillons entre les larmes et la rage.

    Il est trop tard pour hésiter ; j'ai ouvert grand les vannes et les voiles. 

    J'ai mis mon monde à l'envers dans le premier coup. Et puis j'en ai donné un second. Il a commencé à saigner.

    Une voix s'est brisée, quelque part. Je me saccage de l'intérieur à faire ça. Mais je m'en fous ; je suis déjà un débris, un cadavre, un déchet.

    Mon pote ? Comment ça mon pote ? 

     

    Maéli

    Vent d'inspiration

    La suite bientôt :*

    « En attendant les motsEt tu me dis que tu m'aimes »

  • Commentaires

    1
    Lundi 27 Février à 20:30

    J'aime bien ce premier volet qui nous met tout de suite dans l'ambiance. J'attends la suite avec impatience ;)

      • Mardi 28 Février à 20:52

        Tu n'imagines pas à quel point cela me fait plaisir ;) !

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