• Tout termine toujours comme ça

    "Sorry", Halsey

     

    Tout termine toujours comme ça…

    Une page blanche. Un café fumant mais déprimant.

    Un nœud aux intestins qui me coupe la faim ; un goût amer dans la bouche et un stylo en grève. L’inspiration s’est fait la malle.

    Mon regard s’égare dehors, à travers la vitre ; cavale parmi les nuages, s’accroche aux branches, la frustration a les crocs. Je voudrais m’évader de ma propre réalité.

    Je croise et décroise les jambes. Le tissu de ma jupe vient caresser mes jambes nues. C’est pitoyable. Je n’ai rien à faire là. Une sirène hurle dans ma tête que je suis maso, que je devrais partir et en courant ; je l’ignore. Il est trop tard maintenant.

    Je m’attache au décor. Café parisien avec son côté chic et son côté relou, les gens classes et les étrangers, les croissants et les serveurs mal élevés ; et surtout, l’agitation qui cache les balanciers de mon cœur.

    Un soupir impatient et dans ma cage thoracique une fleur qui fane.

    -Pourquoi tu m’as fait venir ?

    Je n’aurais pas pu éviter son regard éternellement, n’est-ce pas ? Je pose mes prunelles sur les siennes, avec prudence ; de peur d’écraser quelque chose de précieux et de fragile par inadvertance.

    Il fait cette petite mimique avec ses sourcils qui veut dire alors ? et je déglutis ; mon cœur bat un peu trop fort. Va-t-il s’échapper ou exploser et faire un scandale en plein Paris ?

    Adam s’impatiente en face de moi et il a raison après tout. C’est moi qui l’ai fait venir et qui joue la carpe.

    Son visage est double face ; un coup l’assurance et l’espoir clignotent, et parfois après un clignement de paupières s’allume une lumière dans son regard, une de celles qui vacillent et qui parlent de précipices, de falaises et de cauchemars.

    Mon courage se barre la queue entre les jambes et je voudrais crier de chagrin ; enfermée dans ma bulle de silence.

    Qu’est-ce qui me prend de vouloir mettre les choses au clair ? Mais qu’elle aille se faire voir cette manie de vouloir bien faire. Elle fout tout en l’air.

    -Tu comptes me dire ce qui se passe ?

    La rage couve sous sa voix. C’est normal, après tout. Il évacue son malaise en tapant du pied à un rythme régulier et tout ça me rend folle ; le bruit alentour, mon monde intérieur et notre détresse.

    J’aurais pu faire comme si on ne s’était pas embrassés l’autre soir alors que j’avais un peu trop bu. C’était rien après tout. Et puis ça m’est pas revenu tout de suite ; j’avais vraiment bu comme un trou ce vendredi.

    C’était rien après tout. Juste un ami dont les lèvres se sont égarées sur les miennes alors qu’il faisait nuit noire.

    Ses doigts pianotent sur la table et je me souviens de sa tendresse, de ses bras autour des miens alors qu’il m’aidait à monter dans le taxi, des frissons sur sa peau, quand il me frôlait ; de son hésitation, de son murmure au creux de mon oreille. Je t’ai attendu si longtemps, Sybille si bien que j’ai cru que tu ne m’aimerais jamais.

    Un frôlement et l’intensité d’un instant. Ma peau était électrique, sous tes doigts ; tu sais ? Veut lui dire mon regard et pourtant je m’efforce de mettre tout ça au placard.

    C’était pas rien, tout ça ; je crois.

    Dans mon cœur, la page blanche se déchire.

    -Adam, je me suis souvenue de la soirée d’Eva.

    Et ma voix s’est coupée, d’un coup ; je pouvais plus dire grand-chose, comme après qu’on ait échangé les banalités.

    Le ciel s’est ouvert en moi et il pleut si fort dans mes yeux ; mes joues sont sèches mais il y a une falaise un cratère un désert qui s’est logé dans mon iris. Mon cœur est lourd ; lui, l’oisillon qui ne rêvait que d’envol parait transpercé par cette pensée : je ne t’aime pas assez.

    Un silence devrait être creux et timide, pas parler autant ; pas effacer les rêves d’un amoureux et pas l’arracher, comme on fait pour les mauvaises herbes.

    -Je ne peux pas, Adam.

    Ma voix se brise un peu, sous le coup de l’émotion.

    Je me sens si démunie face à nos océans de sentiments, j’aimerais me noyer dans ma tasse de café dégueulasse, lui expliquer, aussi, lui dire que c’est pas de sa faute ; mais j’aurais beau faire le tour de toute les raisons, la plus insolente est la vraie : le cœur a ses raisons que la raison ignore.

    Son visage se ferme brusquement et je ne sais plus ce qu’on va devenir –si j’ai perdu un ami, en plus de quelqu’un qui m’aimait- et dans un instant, lui non plus, je crois, parce qu’il me dit platement :

    « Je comprends ».

    On n’a pas eu le temps pour un dernier mot, il s’était déjà levé, avait pris sa veste et s’était retourné ; il y a cette chaise vide devant moi qui hurle son absence et le vide qu’il laisse dans mon cœur.

    De toutes les questions qui tempêtent sous mon crâne, les pourquoi sont les plus bruyants et les comment les plus déchirants ; mais c’est le et maintenant qui fait le plus mal.

    Tout se termine toujours comme ça. Avec un point d’interrogation.

    Une fin qui sent le début.

     

    Quelque chose qui transperce le temps, comme un silence strident ; jusqu’à ce qu’on se décide à passer au paragraphe suivant.

     

    Maéli

    Mon texte pour le concours de Naeri.

    Voilà, j'ai eu dix jours sans internet et je suis de retour. 

    « Mais où vas-tu comme ça ?Un ailleurs »

  • Commentaires

    1
    Mardi 26 Septembre à 16:28

    Les "résultats" de ce concours sont publiés. ENFIN !

    Voilà ce que j'ai à te dire sur ton texte:

    Tu as un style qui me plait toujours autant, à deux doigts de la poésie… Tes paragraphes qui riment, tes mots qui se suivent avec légèreté, tes phrases qui s’enchainent aussi simplement que le vent emporterait quelques feuilles sur une brise…

    Tu es la première que j'ai lue à sortir du côté dramatique, tu as donné un autre sens à ma phrase: tu lui as donné un goût d’espoir, une note de commencement. C’était exquis. Et vraiment agréable après cette vague bien lugubre que j'ai lue. Vraiment sublime. Je ne trouve pas d’autres mots. Comme toujours. C’était absolument ravissant et élégant.

    … Je pourrais passer ma journée à te complimenter. Un immense bravo. Et mille mercis de ta participation merveilleuse !

    Je ne rajouterais qu'une chose :
    « J’aurais beau faire le tour de toute les raisons, la plus insolente est la vraie : le cœur a ses raisons que la raison ignore. »
    C'est digne des plus belles citations !

    2
    Jeudi 28 Septembre à 21:36

    Je crois qu'il est difficile de protester ou même de dire grand chose devant cette avalanche de compliments... Alors en espérant qu'un mot suffise : MERCI.

     

    Maéli

    3
    Vendredi 29 Septembre à 09:09

    Il me suffit amplement. Ta participation était vraiment magnifique... ♥ Comme tout ce que tu peux écrire d'ailleurs. Il faudrait que je revienne pour me plonger dans tout ce que tu as posté depuis !! ♥

      • Samedi 30 Septembre à 15:45

        Merci c'est adorable :) 

        Un grand merci à toi de m'avoir permis d'exprimer, à travers ta phrase, ce que je retenais en moi...

        <3

    4
    Vendredi 29 Septembre à 14:46

    Ce texte est magnifique, comme tous les autres que tu as écrit (d'ailleurs, désolée ne pas avoir lu les derniers textes que tu as posté, j'attends d'avoir une ou deux heures devant moi pour tout lire) !

    Naeri a tout résumé, je te dis un grand BRAVO pour ce texte !

      • Samedi 30 Septembre à 15:46

        C'est absolument adorable ce que tu me dis là !

        Ne t'excuse pas et prends ton temps <3

        Et continue d'écrire, surtout ;)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :