• Une étreinte sur le plancher

    Mon cœur est sur le parquet.

    Assise par terre, à côté de lui, je regarde par la fenêtre. La pluie joue du tambour. Elle passe. On m’a dit que le beau temps viendrait ; je l’attends encore.

    Pas d’humeur ni le courage d’être acide. L’espoir est sous la moquette. Un nœud de marin dans la cage thoracique qui s’amuse à faire le secouriste ; mais la foudre a traversé mon corps, dans une pépite d’instant, tout a volé en éclats.

    Je pensais mes fantômes derrière moi, cachés dans ces nuits d’enfance où je ne trouvais pas le sommeil. Je croyais les blessures bien refermées. Mais mes croyances sont au placard ; je les ai déposées sur le bord de la route il y a quelques jours déjà.

    Le monde est à l’envers. L’horloge ne tourne pas droit.

    Dehors, une voiture hulule en passant et j’espère qu’elle arrivera à destination à temps.

    Le temps. Un rictus moqueur.

    J’ai manqué mon arrêt, je crois ; et je sens mon cœur comme au fond d’un trou. Combien de jours faudra-t-il pour le remonter ?

    Tu lui avais montré le ciel.

    Mais les colombes ont pris leur envol et je n’ai pas déployé mes ailes au bon moment. On s’est tournés autour, et comme deux cons, on aurait trop attendu ?

    Mon regard se perd sur les briques, avec quelque chose de recroquevillé, à l’intérieur, quelque chose que j’évite depuis tout à l’heure. Les immeubles montent jusqu’haut dans le ciel qui n’est plus bleu mais blanc.

    L’amour est KO sur mon plancher.

    Je frémis.

    La colère, la rage, l’énervement, toute la famille a fait ses valises. Il ne reste plus qu’une personne sur le sol de l’appartement. Une personne divisée en deux ; son cœur à ses pieds. Le futur et le passé s’entrechoquent dans un bruit de verre cassé, je ne sais plus ce que sera demain.

    Le temps. Un instant et tout vole en éclats ? Ma manie du beau et de la phrase. L’indécision qui serpente dans nos cœurs et viens fissurer ce qui nous lie ; et puis le temps, encore. La lâcheté, peut-être. Et puis l’indécision.

    L’ignorance des désirs de l’autre, surtout.

    Une contraction dans mon intérieur, on pourrait presque entendre un rire ; qui appelle les larmes, peut-être.

    Que fait-on maintenant ?

    Faudrait-il se lever, nettoyer le sang qui coule et qui tâche ces vêtements ; entendre les perles de mon collier tinter alors qu’elles heurtent le sol ? Faudrait-il couper les liens sans un regard ?

    Mais j’ai vu dans tes yeux…

    Comme un ultime sursaut de mon lambeau rouge, et je voudrais lui demander pardon d’être si indécise si lâche et d’aimer si fort. Et je voudrais lui demander ce qui lui a pris de se perdre dans les doigts de la main d’un inconnu. Et je voudrais lui demander où va-t-on maintenant ?

    Je me sens fondre en sanglot. Je le serre fort contre moi, oh mon doux cœur, si petit et si grand, oh ce n’est rien, encore une fois mais rien n’est perdu ; rien n’est jamais terminé. Tout contre ma poitrine il tremble il est si fragile ; que l’on s’égare tous les deux…

    Faiblement, je l’entends qui palpite et je me courbe, comme pour lui servir de refuge ; navire au milieu de l’océan. Qui sait ce qui nous attend ?

    Je le berce de nos comptines d’enfance ; de celles qui parlent d’amour et d’espoir. Et tant pis si pour l’instant l’espoir a pris la poudre d’escampette et l’amour est une douleur : nous voudrions croire que les rêves, même les plus fous se réalisent. Nous voudrions croire que rien n’est terminé et que nous apprendrons la leçon.

    Même si tout n’apparaît qu’un cycle qui se répète, mes épaules s’affaissent –je pensais avoir brisé le cercle-, mon cœur bat toujours.

    Dans un murmure, je lui rappelle qu’il y a une lionne qui dort en moi et qui a attendu trop longtemps que l’on vienne la chercher. Qu’il me suffira d’une étincelle pour la réveiller et que nous rugirons la vie ; que notre gigantesque feu d’artifice, notre flambée de météores en pleine nuit, notre soleil, notre overdose de vie sera une réalité.

    Une étreinte sur le plancher, pour se rappeler que rien n’est terminé, que la pluie ne fait que passer ; qu’aujourd’hui n’a de sens que celui qu’on lui donne, car pas un mot n’a donné le dernier coup de marteau.

    Il faut vivre.

    Je frémis à la sensation de ce cœur encore humide de sang et d’encre, qui palpite contre ma peau ; centre de tout mon être. On a traversé bien pire. Le meilleur reste à venir. Un oiseau se heurte aux carreaux ; rien n’est figé. Le vent souffle doucement sur les passants, on ne laissera pas notre bonheur dépendre d’un être.

    Quand bien même mon cœur est imprimé dans la paume de ses mains…

     

    Je me suis recroquevillé sur l’oisillon tremblant dans mes bras, fermant les yeux car l’orage allait passer dans mon intérieur, et il allait falloir le ressentir pour qu’il ne nous emprisonne pas.

     

    Maéli

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