• Je n’écris plus. Mais qui fuis-tu ?

    Les gouttes de pluie s’échouent sur les toitures et cheminent dans les gouttières. Elles se déversent de la gueule des gargouilles et s’écrasent sur le trottoir. Nouveau rivage.

    L’orchestre dans mon cœur a perdu de son intensité. Je suis un peu ailleurs.

    Je pense à toi. A moi, à nous, à demain ; et puis j’essaie de revenir à maintenant, inlassablement. Je me dis redescends, mais reviens donc sur Terre parmi nous, mais que fuis-tu donc ?

    Je ne ressens plus les choses avec la même force.

    Hier, ce cri m’aurait fait chaviré, m’aurait écrasé, verre qui se renverse et explose. Mille éclats d’une personne sur le sol.

    Je me demande si tout va bien si tout est normal. Je me demande si c’est ça grandir. Je me sens plus solide sur mes pieds.

    Je me sens comme dans une salle plongée dans le noir, jouant du violoncelle, dans un silence ; un si grand silence que la musique habite mon cœur, d’où rien ne pourra la retirer. Ancrage.

    Le mot écris n’est plus aussi évident, je fais l’anguille, je saute de carreaux en carreaux pour ne pas marcher sur les lignes. On tourne autour du pot. On sait bien, les mots et moi que rien n’est jamais lisse, rien n’est jamais moyen, qu’il y a toujours moyen de s’accrocher, de riper ; de vivre. Rien qu’un peu.

    L’illusion que le désordre a disparu.

    Ce murmure qui vous dit que tout ira bien. Que t’est-il arrivé ? Qu’y a-t-il de caché dans ta manche ? C’est l’hiver et l’on se couvre.

    Je n’écris plus. Je ne vis plus ? Je ne dors plus.

    Mais quel est ton mystère ? Le besoin impérieux a pris la porte et le combat qui nous attend est dangereux. Tu sais bien que la fois où tu as cru que tu n’avais pas besoin des mots tu t’es égarée bien loin de qui tu es vraiment.

    Je n’écris plus. J’attends, grelottante que les mots viennent m’ouvrir la porte.

    Je n’écris plus. Je dessine l’avenir dans des rêves, j’ai pris les lettres par le bout de mon cœur et je les fait tournoyer sur d’autres rivages.

    Je cherche la voix qui résonne habituellement sous mon crâne.

    Maéli


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  • Je n’ai pas vraiment arrêté d’écrire.

    J’ai essayé de brouillonner un peu. Les mots ont résonné sous mon crâne. Mais impossible de finir aucune histoire. Comme un manque de vibration, d’élan, de souffle ; qui m’aurait permis d’aller jusqu’au bout. Comme un manque d’élégance, d’un pas de danse.

    Mes mots ont toujours eu ce relent amer de douleur, de vieilles cigarettes et épicées d’espoir ; mais je cherche un autre chemin. Je cherche la lumière et non plus la lanterne dans l’obscurité ; je cherche l’étoile en mon cœur.

    Je n’ai pas vraiment arrêté d’écrire.

    J’ai mis les émotions ailleurs. Dans le dessin et dans le grand schème de ma vie. Dans mes rêves, aussi. J’en avais oublié aujourd’hui et maintenant. J’en avais oublié que je ne vis ni demain ni dans les nuages; j’en avais oublié la sensation de la terre contre mes orteils, de mon cœur qui bat et de mon souffle qui entre et qui sort de ma demeure intérieure, sans un murmure.

    Je n’ai pas vraiment arrêté d’écrire.

    Nan, on ne peut pas tout à fait dire ça, je crois. J’ai vécu dans un songe et je me suis réveillée, c’est tout. Et dans un sursaut, j’étais perdue, encore noyée dans mon sommeil. J’avais trahi les mots. Ou eux, je ne sais pas vraiment ; et ça n’a aucune importance. En alignant les lettres on avait construit un mensonge, des châteaux dans les nuages et on avait même dessiné des soleils sur les instants du monde.

    J’ai manqué de géométrie. J’ai décalé le centre de mon existence sur un individu. J’ai toujours voulu sauver le monde mais il ne m’a jamais laissé faire ; j’ai cru que je pouvais le sauver, lui. J’ai toujours cru qu’aimer c’était aller à contre-courant, souffrir dans les vents et marées ; je pensais qu’une histoire d’amour c’était impossible, que quelque part on jouait contre le destin. Que ça ne pouvait être facile, mais qu’on y arriverait ; à deux.

    J’ai saboté mon propre navire pour une histoire qui n’existera pas. J’ai créé un naufrage pour un film dans ma tête.

    Je n’ai pas vraiment arrêté d’écrire.

    J’ai manqué d’honnêteté.

    Je pensais que c’était ce que je voulais. Il était le présent, le maintenant ; l’avenir. Les cartes sont tombées, et je peux dire que j’avais voulu cacher quelqu’un d’autre derrière le rideau de la pièce. Je pensais que ça finirait par s’en aller ; je pensais qu’on devait tous les deux vivre, que ça nous éviterait de souffrir et je ne voulais surtout pas saboter ce conte de fées qui venait juste de commencer.

    Je savais que c’était plus fort que nous. Je pensais que si je ne revenais pas, que si j’arrivais à me priver de ce bonheur alors tout irait bien. J’avais pas encore compris que t’étais imprimé en moi.

    Je cherche la vérité. Je cherche la liberté. Je cherche mon histoire.

    Je ne suis pas perdue, je reviens.

     

    Maéli

     

    Qui prend son temps. Et qui essaie depuis quelques jours de surmonter ses problèmes d'internet pour partager ce texte avec vous... 


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  • La pluie chantonne sur le goudron. C’est l’averse et j’entendrais presque le tonnerre gronder.

    Je frissonne.

    Une main pour maintenir mon manteau bien fermé, je frappe à la porte, d’un coup timide.

    Mon monde part un peu dans la gouttière, lui aussi. Je clos mes paupières, le temps de quelques secondes. Je n’arrive pas à déterminer la provenance de l’eau sur mes joues ; je crois que je préfère l’ignorer.

    Je suis trempée de la tête au pied ; depuis le temps que j’attends devant chez toi.

    Mes pensées font des aller-retours, c’est le match de ping pong avec mes peurs.

    Elles m’ont laissée sur le bord de la route, à trembler, complètement trempée ; épuisée. Elles m’ont essorée, jusqu’à revenir à l’essentiel, à ce bout de moi-même que j’essaie de cacher sous des couches de vêtements.

    Tu crois aux étoiles ?

    Même si j’avais voulu, je n’aurais pu faire autrement ; car soudainement un grand feu s’est allumé dans ma demeure intérieure. Un rayon de soleil m’a tendu la main ? Je ne peux toujours pas mettre de mot sur l’instant qui m’a saisie.

    Je savais que tu allais ouvrir la porte.

    Les barrières sont toutes tombées d’un coup et je me suis demandée pourquoi j’avais eu peur. Soudainement, il n’y avait plus ni angoisse ni nœud dans ma cage thoracique ; il n’y avait que l’espace de l’infini et ces mots si denses qu’ils feront toujours déborder mon cœur… Tu m’aimes.

    Fais-moi une place, que je te raconte d’où je viens et vers où je vais ; emmène-moi dans un ailleurs qu’on se rappelle qu’on s’aime et qu’on vive ensemble l’aventure d’être à deux.

     Donne-moi une chance, tu verras qu’on peut le faire, qu’on peut construire quelque chose de beau ; que l’univers nous attend.

    Prends-moi dans tes bras, rien qu’une fois et je ne te lâcherai plus jamais.

    Le puzzle s’emboîte sous mon crâne et je revois tes deux yeux se poser sur moi ; pour la première fois et puis celle d’après et celle d’encore après. Je me rappelle de la lumière entre nous deux, de ta chaleur ; de nos deux cœurs qui se percutent sans cesse.

    En un éclair, tout avait disparu : le doute, les peurs, l’espoir. Il ne restait plus que ce qui est ; plus que deux personnes dans une pièce mal éclairée. On a semblé poser les non-dits sur la table, tous les mots du monde n’auraient pas suffi ; tu n’avais qu’à faire un pas.

    Toutes les questions s’effacent parfois, le temps d’une évidence.

    Et puis l’on rallume la lumière et le vent souffle sur la flamme ; mais son souvenir nous tient si chaud qu’il nous paraît qu’elle ne nous a pas quitté. De nouveau la pluie fait rage et les angoisses s’aggripent à mes pieds, mais il est trop tard, car je sais.

    Il est trop tard car je n’ai plus froid.

     

    Je vois flou avec les gouttes qui noient mes iris, mais rien à faire, j’ai rendez-vous avec mon miracle et je ne partirai pas tant qu’il ne se sera pas manifesté.

     

    Maéli 


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  • « Tocado y hundido », Melendi

     

    Les chevaux hennissent et se cabrent. Leurs sabots fendent l’air. Ils ont l’air effrayants, libres et puissants. Ma colère piétine. Je fume, je fume je me consume.

     Personne ne t’a donc dit que je t’aimais ?

    La lumière de tes yeux vient me frapper quand je tourne le dos ; le pont entre nos deux prunelles, l’alliance entre nos deux existences est une réalité.

    La douceur et l’odeur de tes peau s’insinuent dans mes mes rêves ; même la nuit, quand j’ai les yeux fermés, ta chaleur me traque.

    Je suis à la dérive, je suis amoureuse ; je suis au plus haut des cieux et je suis révoltée. Déesse vengeresse dans le soleil levant j’ai sorti les armes, prête à remuer ciel et terre.

    Il faudrait rétablir une justice et une vérité ; il faudrait que l’amour gagne enfin.

    Mes pensées se percutent pour donner un sens à ce monde étrange qui se déchaine autour de moi ; un pourquoi en lettres capitales parade au coin de la rue ; un pourquoi qui voudrait me dire que personne ici n’a compris ce qui se passe.

    Je fais le yo yo ; je joue à cache cache avec la lumière. C’est la tempête, un coup mes volets se ferment, un coup ils claquent et ma fenêtre s’ouvre pour laisser le vent et la pluie s’engouffrer ; un autre, je suis bien au-dessus des nuages, dans un rayon de soleil.

    J’ai mis mon cœur dans une bouteille et je l’ai lancé à la mer, je l’ai enfoui dans le sable, je lui ai mis le feu ; je l’ai baillonné, mais rien à faire, il a ton nom tatoué sur ma peau.

    J’ai cherché la mer ; la paix n’a été que passagère.

    Je me sens comme en haut d’un précipice ; est-ce que je me laisse tomber et je vais voir quelque chose de nouveau ou est-ce que je me laisse guider vers toi ?

    Personne ne t’a dit qu’on en valait la peine ?

    La seule pensée qui me rend heureuse, c’est celle d’être avec toi.

    Alors où s’arrête le combat ? Alors, je déchire le drapeau de notre amour, je lui mets le feu ou je le brandis bien haut ?

     

    L’amour devrait triompher, toujours. Il faudrait rétablir une justice et une force là où l’homme faiblit. Mes cheveux battent dans le vent et j’ai les pieds bien enracinés dans le sol ; je n’ai pas peur de me battre ni peur de souffrir.

     

    Maéli


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  • J’avais fait pendant tout ce temps comme si tu n’avais pas dit non.

    J’avais décidé de tourner autour, de le défier, de ne pas le croire ; de lui gueuler dessus, de le secouer. Dis-moi la vérité.

    J’ai déchaîné les enfers, foutu le feu à nous deux à tes mots à tes peurs ; j’ai voulu les décortiquer les comprendre.

    Puisque tu faisais l’anguille, je pouvais croire tout ce que je voulais, nan ?

    Puisqu’on nageait en eaux troubles et que tu refusais de me laisser partir et que tu refusais ma main ; on pouvait faire comme si de rien n’était.

    T’as mis mon monde par terre. Mon monde à l’envers.

    T’avais trois lettres à dire ; peu importe lesquelles et j’étais libre. Mais tu m’as plantée, nue et dans la boue.

    Je regarde le tic tac de l’horloge et j’observe ces pensées qui me traversent ; l’effet qu’elles me font quand elles passent. Lâcher prise, ne rien faire, c’est contre ma nature ; il faudrait au contraire remuer ciel et terre.

    Les flammes lèchent mon intérieur. Elles dansent et s’agitent.

    D’un coup sec, j’ai repris le gouvernail à mes peurs.

    Sur ce bateau, il n’y aura jamais qu’un capitaine ou lâcheté. Liberté.

    Pour tous les deux, on verra chéri ; tu as les clés pour ouvrir notre porte. En attendant, je n’ai plus qu’à dessiner des fenêtres et aller frapper à d’autres maisons, allez chercher la vie plutôt que de l’attendre sur ton pallier.

    J’ai décidé ce matin que mon bonheur ne dépendrait pas de toi. Et que je n’allais pas subir la vie plus longtemps. La vie, est juste là, dans mes bras. Je n’ai ni à courir ni à chasser ; parfois, il suffit de fermer les yeux pour sentir sa chaleur et son cœur battre.

    Un soupir. Liberté.

    Tu bouscules mes croyances. Tu réveilles mes peurs. Et dans un même temps, ta constance me garde bien droite dans mes bottes.

    Je me suis regardée dans le miroir ce matin et je me suis demandée depuis combien de nuits je n’avais pas dormi ; depuis quand j’avais déplacé mon centre de gravité vers quelqu’un d’autre. J’ai décidé de cesser de fuir mon existence.

    Liberté.

    Une porte se ferme, d’autre s’ouvrent, n’est-ce pas ?

    Et qui dit qu’elle est verrouillée ? Qui dit qu’elle n’attend pas qu’on lui rentre dedans ? Ou qu’elle ne s’ouvrira pas en grand, soudainement ?

    La lumière entre par les fissures par les failles les blessures ; faisons-en des fenêtres, j’ai enfin accepté l’évidence : c’était un non. Un non incertain, un non qui fuit, peut-être un pourquoi pas, mais un non.

    Au lieu de lui tourner autour comme un lion qui rôde, allons donc courir dans les champs, là où le soleil brille.

     

    Mais je ne m’en vais pas. Liberté.

     

    Maéli


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  • Assise sur le bord de l’eau, je regarde les bateaux partir. Ils quittent le rivage ou viennent s’amarrer. Le paysage est d’une douceur…

     

    L’eau clapote et mes pieds nus dansent en formant des cercles continus dans la mer.

    Je me suis retirée de mon existence, pour regarder d’un peu plus haut ; d’un peu plus loin. Mon cœur est calme. Il s’est tu.

    Une fois la tempête passée, le silence qui règne est toujours assourdissant.

    Les questions ont été emportées par la marée ; et quand la douleur revient sur la pointe des pieds, elle est toujours au coude à coude avec la confiance.

    Je ferme les yeux.

    On m’a dit de lâcher prise, de cesser de tirer sur la corde ; de remettre au temps. Je respire.

    Le ciel est d’une pâleur hivernale…

    Des corbeaux coassent et tournent dans le ciel. J’aimerais leur dire que je sais voler, j’aimerais leur demander est-ce que vous voulez jouer ?

    Je n’aurais pas refusé une main dans la mienne, une présence rassurante et stable ; je pense à ton odeur et je m’évade. Je fais la grimace, les yeux fermés. On avait dit que c’était bien de se détacher.

    Mais comment tu fais quand on est comme des aimants ?

    Parfois je me demande pourquoi et comment je me mets dans des situations aussi compliquées. Et puis je me rappelle que ça n’a pas d’importance, qu’il faut laisser le temps faire ; revenir au centre du monde,nous même.

    Car c’est là qu’est caché le bonheur, n’est-ce pas ?

    Et quand j’arrive à arrêter ces pensées qui tourbillonnent dans mon crâne ; que je me fige et que soudain tout se tait devant cette idée rassurante : le vrai soleil est dans ton cœur et pas ailleurs.

    Il y a quelques années, j’aurais été prostrée dans ma douleur ; ç’aurait été l’apocalypse, avec des explosions, des larmes et du sang sur la page. C’est étrange, d’être à la fois si fragile et si solide…

    Alors à maman qui dit que je suis dans la tourmente, j’ai une lanterne dans mon cœur et une étoile, qui brille plus fort encore quand la nuit tombe ; le soir, la nuit me prend dans ses bras et m’enveloppe tendrement. Ce n’est qu’un moment.

    La vague est un peu plus forte que les précédentes et vient m’éclabousser. Je ris. Sourire rend heureux. Lâcher prise et laisser le temps faire.

    Avec de l’amour et de la patience, on arrive à tout.

     

    Mais pour l’instant, le bonheur est là, à l’intérieur et il n’attend pas.

     

    Maéli


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