• Je regarde l’écume se retirer lentement. J’observe le bâtiment d’en face à travers la fenêtre. Je rêve quand la nuit couvre doucement les cœurs et les maisons.

    Le silence dort, tout près du feu ; je le caresse tendrement et il ronronne. Mon cœur est ailleurs. Il neige dans mon intérieur.

    Tu verrais les quais de Paris ; si tu pouvais fermer les yeux, cette lumière et cette tiédeur dans l’air… Les fumées qui s’échappent de nos bouches et le monde entier recouvert, par pudeur certainement, de cette blancheur immaculée.

    Je ne te le dis pas, mais je le murmure ; je pense à toi.

    L’instant n’a pas vraiment de nom ; n’est-ce pas ?

    Je respire profondément, les yeux clos, cette magie dans ce monde qui palpite ; ton regard s’est emmêlé dans mes cheveux.

    Si on me l’avait dit plus tôt, je n’y aurais pas cru, tu sais. Je ne savais pas que l’amour pouvait prendre une telle douceur, qui vous enveloppe dans sa polaire ; alors que tu claques des dents sur la banquise.

    Je ne pensais pas qu’un jour, je pourrai me sentir si stable en plein milieu d’un tremblement de terre ; tes yeux ont saisi les miens, je suis arrimée au sol et mon cœur est ailleurs.

    Parfois, il m’arrive de cligner des yeux et de ne plus tenir debout devant la chaleur qui me prend, de l’intérieur, elle m’emplit elle fleurit elle s’épanouit et je croirais m’envoler dans une danse insensée ; et chaque fois, je suis stupéfiée par cet ineffable qui me transcende : tout l’amour que le monde a à donner.

    J’ai arrêté de regarder les infos pour regarder autour de moi, je lis plus les journaux mais des livres ; il me paraît que mes yeux s’ouvrent un peu plus chaque jour. Et par un effet miroir étrange, mon cœur aussi.  

    Une fleur a éclos en plein Paris, alors que l’automne danse et que le pessimisme pleut sur le monde ; une fleur est née à la vie.

    Il y avait quelque chose dans ton regard qui m’a ramenée à qui j’étais ; il y a comme un vent frais dans cette attente de l’hiver qui m’a ramenée à des temps anciens.

    T’a-t-on jamais dit que ton bonheur était ce qui comptait le plus aux yeux du monde ?

    Un voile se déchire et la mer se fracasse sur les rochers ; tempêtes de neige, c’est comme découvrir qu’on nous avait pas tout dit, qu’il y avait une règle qui disait bien, en bas, tout en bas, que l’univers est avec toi.

    Je voudrais rire à en pleurer ; je me souviens de mes cheveux blonds et de tes cheveux noirs qui se mélangent un jour d’euphorie, je me souviens avoir joué du ukulélé dans la rue pour des inconnus, je me souviens aussi des câlins de maman, qui remettent la chaleur dans mon cœur.

    L’hiver au coin du feu, à rêver d’un monde meilleur ; mais viens avec moi, tu veux bien construire cette bulle qui va nous libérer ?

    Il me parait qu’il n’y a pas de musique assez forte pour faire exploser ce qui, dans ma cage thoracique,  me fait sourire à n’en plus pouvoir et qui n’attend que de s’exprimer ; et j’aimerais te dire que je t’aime et j’aimerais le hurler au monde entier. Je t’aime toi, je t’aime les autres.

    Et la mer est infinie et le ciel aussi et les toits de Paris sont autant d’histoires qu’il y a de gens en ce monde ; et les étoiles dansent la valse quand nous tournons le dos, il parait que parfois, elles s’écrasent sur nos joues quand la solitude nous prend et qu’elles se font larmes et puis cristal

    pour que jamais les hommes ne songent qu’on les a abandonnés.

     

    Et, de nouveau, mon cœur chavire…

     

    Maéli


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  • Depuis toute petite, on la réveillait tous les matins à huit heures.

    Et puis un jour, elle avait décidé qu’elle était grande. Elle avait mis tout le monde à la porte et plus personne n’entrait dans son empire sans frapper.

    Ce matin-là, elle s’était réveillée à huit heures une et pour la première fois depuis plusieurs années, elle aurait bien aimé entendre deux coups secs frappés et puis les pas légers de Sophie sur le plancher ; et la douceur dans sa voix quand elle lui disait que les oiseaux carillonnent, princesse, c’est l’aube d’un nouveau jour qui n’attend que toi.

    Elle s’était recroquevillée sur son lit, fixant la porte et attendant des souvenirs qui ne reviendraient pas au présent. Sophie est partie, aujourd’hui ; elle a pris le train il y a longtemps.

    Peut-être qu’en mettant ses bras autour de ses jambes repliées cela comblerait-il le vide dans sa cage thoracique ?

    Peut-être même que cela comblerait cet espace pendant lequel Sophie a disparu et que cela rafistolerait cette parenthèse pendant laquelle elle avait cessé de lui parler ?

    Parce que si elle était, à tendrement lui caresser les cheveux, elle pourrait lui raconter. Elle pourrait lui parler de cet éclair qui la transperce ; de cette impression d’abriter un monde vide. De cette envie de pleurer qui surgit de nulle part, qui la prend dans les coins de rue ; en plein milieu des moments de liesse familiale mais aussi quand personne n’est là pour le voir.

    Elle pourrait lui demander de mettre des mots sur cet ineffable qui l’habite et qui lui échappe.

    Puis lui parler de ce regard qui a pris son cœur et qui ne s’est plus jamais posé sur elle, de Charlotte et Madeleine qui ont été emmenées par deux policiers l’autre jour à l’école et qu’on n’a pas revues ; de maman qui jette des assiettes sur papa dans la cuisine et qui lui crie qu’il est un meurtrier.

    Elle frissonne. Ce matin, elle n’a pas l’énergie pour se lever. Et personne ne viendra lui dire que cette journée n’attend qu’elle ; parce que cette journée est partie, loin devant elle, et qu’elle a pris toute la lumière avec elle. Il ne reste plus que l’obscurité de la nuit.

    Il parait que la douleur passe, qu’elle ne s’installe jamais vraiment ; tout empire est éphémère. Son estomac gronde. Il sait qu’il n’y aura peut être pas de petit-déjeuner ce matin et il proteste. Tout son corps aussi proteste et refuse de se mouvoir.

    Ce sentiment de faiblesse. C’est la grève générale sur son lit aujourd’hui.

    Papa lui disait que sans une bonne raison de se lever, nous sommes finis.

    Elle voudrait ricaner parce qu’elle a quoi, treize, quatorze ans ? Même elle ne sait plus vraiment ; tout ça dure depuis vraiment trop longtemps.

    Un courant d’air. Elle a froid dans son pyjama en tissu fin, mais c’est tout ce qui lui reste de son ancienne existence ; de Sophie, des vacances à la mer, du chocolat pour le goûter.

    Son regard se perd dans le vide. Elle sait que Sophie ne reviendra pas.

    Avant que maman ne l’emmène avec elle, elle s’est assise dans la cuisine et elle lui a tout raconté. Où allait le train de Sophie, et puis aussi celui de Charlotte et Madeleine ; ce que ça voulait dire être policier français en dix neuf cent quarante et un.

    Elle pense que c’est à cet instant qu’elle a commencé à frissonner, quand maman a mis les deux pieds dans le plat ; c’est là qu’a débuté le cauchemar.

    N’est-ce pas qu’elle sait, maintenant ?  Les fantômes dansent sous ses yeux.

     

    Personne n’est venu frapper, ni à huit heures ni à midi. 

     

    Maéli

    Pour le concours de Nienor


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  • J’ai pris mes tennis et j’ai couru aujourd’hui. Je me suis jetée dans l’automne tourbillonnant, noyée dans ses couleurs ; et sa fraîcheur a réveillé ma peau.

    Se sentir vivante à nouveau.

    Je m’assois sur mon lit, le ciel plein les yeux ; mon cœur est en paix. Quel délice, ce silence intérieur…

    Si tu m’avais dit que t’aimer, ce serait si joli, je ne t’aurais pas cru.

    J’ai pris mes souhaits et je les ai jetés sur la feuille, il parait que l’univers m’a entendue.

    J’ai couru, aujourd’hui, enflammé mes poumons et épuisé mes jambes ; j’ai cru exploser de bonheur.

    Les vagues s’échouent sur mon rivage, d’avant en arrière, et je pense à tes bras ; tout est calme en moi. Les feuilles colorent le sol et j’aimerais te montrer tous ces endroits qui font partie de moi.

    Je suis rentrée au port et la senteur de l’automne de l’automne a éveillé cette vieille mélancolie en moi ; qui doucement me berce. Pourtant, je pense à toi.

     

    Et ça c’est nouveau.

     

    Maéli

    Pas trop d'humeur à écrire au final. Tout estsi calme dans mon coeur...


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  • Il parait qu'il faut partir comme ça. Sans faire d'esclandre ni de vacarme.

    Sur un silence, creuser un temps sur la partition et prendre un soupir ; s'accrocher à un bémol

    Tu voudrais que j'attende sous la pluie jusqu'à la prochaine fois qu'on se verra ? Rends-moi mes chaines. J'ai ton empreinte sur la peau, il est vrai ; le manque me lancine parfois 

    J'ai des fois froid, sans toi ; et quand je revois tes yeux, je frissonne 

    ; il est vrai, qu'il y a bien un fil d'or entre nos deux âmes

    Je suis partie dans la nuit. Comme un songe ou un fantôme ; à l'anglaise. Les larmes ont bercé nos réveils, nous vivons dans deux imaginaires

    Quand on les regarde de près, rien ne prêterait à croire qu'ils sont différents ; mais dans mon coeur, ils paraissent irréconciliables...

    Tu veux la Lune mais tu n'as même pas tendu la main pour l'avoir ?

    Rends-moi ma liberté, remets-nous au futur, il est une rose sur mon chemin que je ne demande qu'à aimer ; dit-on au fantôme de cesser de nous hanter ?

     

    Maéli


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  • J'attends.

    Le soleil monte, haut dans le ciel. Mon coeur bat. Fort. Trop fort.

    Je tourne une page. Puis deux.

    Les lignes dansent devant mes yeux. Les mots jouent à saute mouton. 

    Peurs insensées ; angoisse invisible. 

    J'attends.

    Mon parapluie perché sur l'épaule, comme une ombrelle un jour d'été ; le soleil s'est caché.

    Je piétine. Fait passer mon poids du pied gauche au pied droit. Rien ne va.

    Je fixe droit devant moi.

    J'attends, encore et toujours. La lave doucement fait son chemin jusqu'à mon monde intérieur ; pour aller allumer une cheminée bouchée. Je vais mettre le feu quelque part, si tu continues. Mettre le feu à la pluie. L'idée me plait.

    Pas assez pour que je redevienne patiente.

    Un coup d'oeil à ma montre, tu n'es pas encore là. Mais que veux-tu donc ? Que j'attende encore pendant de longs jours sous la pluie... Mais je suis en équilibre, mon amour et il y a des courants d'air dans mon intérieur.

    Comment voit-on un futur à deux quand tout seul il est déjà si incertain ?

    J'attends, furax.

     

    Maéli


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  • On aurait pas dû se quitter comme ça. Comme deux inconnus qui s’aiment, comme deux amoureux qui rêvent.

    On aurait pas dû se dire au revoir à la lisière de la nuit, sans savoir où l’on va ; sans un soupir, sans un baiser. La fraîcheur de la Lune sur ma peau et les frissons de tes mains dans le creux de mon dos ; funambule sur hier

    Tes yeux rougis et cette immense vague, dans mon cœur ont tout emporté sur leur passage. Oh, j’étais arrivée si légère et je repars pleine de bagages ; il me reste des comment, des quoi des pourquoi et des tu veux quoi à déplier

    Nos horloges sonnent à la même heure ; chacune à son bout de l’Europe

    Et ton silence.

    Hurlement.

    On aurait pas dû se quitter comme ça, sans mettre des mots sur l’océan qui nous a submergé. Le monde réel aurait voulu que je pose un non, comme on met une brique avec du ciment, pour construire des murs

    et détruire tout espoir. C’aurait été plus simple.

    J’ai envie de mettre mon poing dans un mur, de foutre toutes ces histoires au placard, j’ai envie de hurler à m’en déchirer les poumons la voix à en faire tomber les étoiles du ciel ; comme si on pouvait reboucher les trous dans mon cœur en une seconde

    Tu me manques. Tu me manques. Tu me manques et ça met le bazar partout.

    Le temps passe et rien de tout ça ne s’efface. Il faudrait pleurer pour faire soi-même la marée qui ramène au fond des océans tous ces trésors ; oh, je suis naufragée.

    Je rêve d’amour mais mon cœur est ailleurs. Quelle hypocrisie. Quel monde insensé.

    Un cœur cogne dans ma cage thoracique ; où va-t-on maintenant ?

    Le monde réel voudrait que je te balaye, d’un revers de main ; n’est-ce pas ? Mais si l’on n’oublie tout ça, nous sommes deux inconnus aux cœurs égarés ; mais dans la même direction, je crois.

     

    Maéli

     

    Quel cœur insensé…


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